Chien Poussière, épisode de la conférence


Séverine Hubard invite en mai 2018 trois intervenants pour une soirée à l'auditorium du musée du LAAC, Dunkerque.

A partir du travail de John Oswald et de "Plunderphonics", les propositions poursuivent la question de la libre interprétation du monde et son utilisation gratuite.

Invités : David Legrand (Performance filmique : "En train de se faire"), Julien Celdran (Auto-anthropologie), Chien Poussière + un invité surprise, on ne sait pas à la fin si c'est le chien ou Boris Lehman.

 

La conférence du chien s'appelait "Bâtons".

Le dispositif conventionnel et le diaporama documentaire accompagnaient l'intervention du chien.

 

 

 

 

 

Au micro, avec une voix d'abord un peu trop empressée, le chien a détaillé les façons de reconsidérer les bâtons et leurs usages.

Il est important pour lui d'énoncer les mutliples façons de s'attacher à des objets qui semblent bons à jeter, et à travers cette histoire de bâtons, il développe une intuition qui fait se rejoindre lancer / aimer / penser.

 

Il parle bien le chien, il parle bien Perro, et au bout de 20 minutes, quand il était plus serein et qu'il arrivait au terme de son intervention, Séverine passait la dernière diapositive.

 

 

Extraits:

 

 

"Je suis venu vous parler de bâtons,
des différentes sortes de bâtons et de pourquoi ils sont lancés au chien, quand on va se promener.
On verra quels sont ces bâtons, ceux qu’on lance et pourquoi parmi eux, il y en a auxquels on s’attache, d’autres pas du tout, d’autres on sait pas.
Il y a des bâtons qu’on va laisser d’autres qu’on va garder.
Il y’en a certains qu’on ne connaîtra pas
et il y’a ceux qu’on veut coucher dans ses draps".

 

 

"De ces morceaux de bois qui ne font plus partie de l’arbre, de ces morceaux d’arbre qu’on n’appelle plus « arbre » mais morceau ou bâton, on peut faire certaines choses, si on les ramasse et qu’on les rapporte chez soi ou à l’atelier.

Il y en a qu’on brûle, d’autres qu’on taille, quand il y’en a certains qu’on plante dans le sol."

 

 

 

 


"Il y a ceux qu’on voit flotter dans les rivières, ceux qui servent à faire avancer les vaches, et ceux qui servent à rien."

 

 

"Ceux là - ceux qui servent à rien - on pense qu’ils sont couchés dans les sous-bois, dans les parcs et qu’ils ne font rien, on pense qu’on peut les jeter très loin, que puisque qu’ils ne sont bons à rien, autant amuser le chien, c’est surtout de ceux là que je vais parler."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"ces morceaux de bois

ils sont couchés comme moi

dans les prés en été

quand je suis à côté d’un ami

qui a la chemise ouverte

et des épis de blés dans les chaussettes"

 

 

 

"Je pense « bâton bâton bâton » et je ferme les yeux en courant,

c’est pas très prudent mais j’aime voir le mot dans ma tête

prendre toute la place, il devient grand comme un soleil

je le répète jusqu’à ne plus le reconnaître ce mot là

et moi même alors je ne suis plus tout à fait moi."

 

 

 

 

 

"Ici arrive un point qui m’intéresse,

c’est que se rejoignent deux choses qui nécessitent une adresse: le lancer de bâton et la relation épistollaire,

le premier c’est LE CHIEN

le deuxième c’est QUELQU’UN

quand dans les deux cas, ça pourrait être moi.

(en plus, le terme «épistolaire» vient effectivement du grec epistellein, qui signifie «envoyer à »)."

 

 

"Je veux bien courir après si ce sont des messages qui y sont portés, comme ceux qu’on voit sur certaines cartes postales:

« je t’embrasse »

« ici il pleut »

« tu es dans mes pensées »"

 

 

"Moi-même les bâtons je peux les poster quand je veux dire un mot à quelqu'un en particulier.

Sur ces bâtons qui sont couchés, j’ajoute quelques mots, et puis je vais à la poste pour les envoyer.

Ou bien je prends crayon et papier et j’adresse une lettre ou une carte sans plus tarder, s’il me vient l’envie de donner à quelqu'un des nouvelles, des baisers."

 

 

 

 

 

 

"Peut-être que penser c’est lancer des bâtons avec sa pensée,

une pensée ce serait comme ces bâtons qu’on voit tournoyer avant de retomber,

et des fois il toucherait quelqu’un ou quelque chose,

et on recommencerait à lancer des bâtons pour essayer de dire quelque chose à quelqu’un."

 

 

"En conclusion : le bâton fait le tiret entre le chien et l’autre

comme dans "peut-être" et dans "music-hall" vous voyez.

Et si j’y suis attaché,

c’est parce que dessus je peux graver

quelques mots et un prénom

pour n’être pas oublié

et tant pis si le bâton

finit dans la cheminée.

Merci."

 

 

 

 

 

4 cartes postales éditées et distribuées:

 

 

 

 

 

Contact: yeslechien(at)gmail.com